Ne jouez plus vos cartes
Combien de fois avez-vous vu dans une partie télévisée des joueurs réussir à faire coucher un adversaire même quand ce dernier possède un meilleur jeu ? On appelle ça communément un bluff.
Un bluff doit se préparer avant même le flop, puisqu’il ne consiste pas à jouer vos cartes mais celles de l’adversaire, vous devez utiliser tout votre savoir faire pour deux chose trouver le jeu de votre adversaire et contrôler votre image.
(cet article a été écrit par Tristan, merci à lui !)
Au poker, un bluff est parfait lorsque votre adversaire se couche en dévoilant sa main, persuadé que vous avez quelque chose de mieux que lui. Certains joueurs dévoilent leur bluff soit pour se vanter et/ou soit part manque de respect de l’adversaire ou encore tout simplement par manque d’expérience.
Il n’est généralement pas approprié de dévoiler un bluff, cela va exciter certains joueurs, en frustrer quelque uns et laisser de marbre les autres, quoi qu’il en soit vous donnez une information vitale à la table : vous êtes capable de mentir.
Le bluff est trop souvent utiliseé par les joueurs pour gagner un coup où ils n’ont pas touché leur tirage, c’est alors le moment où l’on ce dit « bon je n’ai pas eu ma couleur, c’est pas grave je vais miser gros et il va se coucher ». Ce genre de bluff soudain et généralement voué à l’échec.
Dans le cas de figure ci-dessus vous aurez passé le plus clair de votre temps concentré sur votre tirage et pas sur le jeu de votre adversaire, votre adversaire étant lui-même observateur il y a de forte chance qu’il vous démasque et vous risquez de le payer cash !!!
Connaître sa table
Quand j’arrive sur une table de cash game, peu importe si je connais les joueurs ou pas je passe la première demi heure à observer.
Pendant cette phase notre temps de jeu est certes réduit mais cela nous permet d’observer les joueurs, nous savons lesquels payent avec n’importe quelle main tant qu’ils on une paire, ceux qui n’ont pas peur d’aller jusqu’à la rivière avec 2 out, ceux capables de se coucher même après avoir engagé plus de 10/20% de leur tapis.
Vous devez faire attention au moindre détail, « ce joueur ne cesse de bouger sur sa chaise », « lui ne parle quasiment jamais », « par contre lui ne fait que parler à chaque main qu’il joue », etc…. n’oubliez pas qu’a travers ces réactions vous voyez en fait l’ego de vos adversaires, et l’ego reste le pire ennemi des joueurs de poker – d’ailleurs, laissez le vôtre au vestiaire
Je prends souvent comme modèle les profils utilisés par Phil Hellmuth jr (dans son livre poker pro).
Pour résumer :
- La souris joue peu de mains, seuls les A avec figure ; les paires hautes (A-10), et rechigne à s’engager dans les coups avec les paires numéraires.
- Le lion lui joue avec plus de mains, il est capable de jouer serré mais parfois avec des mains surprenante.
- Le chacal est le joueur agressif, qui relance très souvent, tente beaucoup de bluffs.
- L’éléphant est la calling station, joue large et croit au backdoor quinte et flush comme personne d’autre, mais n’est pas genre à bluffer.
- L’aigle qui est le joueurs parfait (on parle de vous ?) je ne vous fait pas de dessin.
Personnellement j’apprécie tout particulièrement cette phase d’observation, vous devez sans doute l’aimer vous aussi. Car vous tirerez énormément d’informations quand vous serez hors du jeu, observé vos adversaire sans gêne, fixez les du regard pour voir leur réaction, vous devinerez ceux qui sont à l’aise et ceux qui ne le sont pas.
Travailler sa table
Vous devez aussi avoir travaillé votre image à la table, il est évident que si vos adversaires vous qualifient de chacal ou de calling station, il sera difficile pour vous d’arriver à gagner avec n’importe quelle main. Vous devez donc donner l’impression de choisir votre jeu.
N’hésitez pas à dévoiler vos cartes, si par exemple après avoir relancé pré flop et avoir misé sur le flop (surtout si ce dernier vous convient pas) tout le monde se couche, si vous possédez un joli jeu AK ou une paire de JJ, montrez là. Vous perdez certes la possibilité de gagner plus sur ce coup mais ce n’est pas grave, vous donnez une information qui vous servira plus tard.
Cela aura un effet sur votre image, les joueurs verront qu’une relance pré flop annonce un jeu important chez vous, ils vous classeront sûrement dans la catégorie souris. Et croyez moi un lion déguisé en souris peut faire beaucoup de dégât ;-)
Mettons nous en situation,
Pour cela rien de mieux qu’un exemple tout frais, un coup qui m’est arrivée ce week-end.
Nous sommes dans une session de cash game en live au NL Hold’em, les buy in sont de 200$ pour des blinds 2/4 $, nous somme rentré avec 400$ (100 x BB) et à la table il y à 6 joueurs.
Dans la première demi heure nous jouons peu de mains, les A avec une tête et les paires de 10 à A sont toujours relancées pré flop, nous ne tentons pas de limp-in, notre buy-in élevé nous permet de laisser venir les cartes jusqu’à nous et nous en profitons pour observer nos adversaires.
Sur notre table se trouvent :
- En siège 1 une femme au style chacal/éléphant (le pire profil) avec à peu près 300$, et en plus à ma droite (la pire des situations).
- En siège 2 et 3 une femme à et un homme au style de souris rentrés avec la cave minimum,
- En siège 4 et 5 deux hommes que je qualifierai de lion qui eux aussi on une de 300$,
- Et en siège 6 nous : aigle bien sur ;-)
Voilà donc la première demi heure passée, j’ai réussi à montrer une image de joueur serré (est c’est vrai en plus !!!), j’ai remporté de jolis pots avec de belles mains que j’ai dévoilé 1 fois sur 2.
A ce moment mon tapis est d’à peu près 650 en jetons, le siège 1 à recavé une fois déjà, le siège 2 à presque doublé avec quasiment 400 jetons, les 3 et 4 ont connus quelque défaites contre mes jeux et le siège 5 à lui à peine plus que la cave minimum de départ.
Nouvelle donne : je suis au bouton, la place par excellence, le siège 3 et 4 se couche, le siège 5 suit.
Nous levons les yeux sur 2/3 de carreaux, un jeu pas si mal et où nos adversaires ne nous imaginent pas jouer avec ce genre de carte.
Donc nous relançons à hauteur de 10€ (la relance annonciatrice de grosses mains), le siège 1 à la SB suit sans hésiter, la BB suit aussi, le siège 5 ce couche.
Au flop il sort 5 7 8.
Le siège 1 mise à nouveau 10 €, cette joueuse au profil si particulier (chacal/éléphant) a la fâcheuse tendance à miser lorsqu’elle n’a rien et inversement.
Le siège 2 se couche très vite, la parole nous arrive.
Nous nous sommes engagés dans ce coup avec la ferme intention de ne pas jouer nos cartes, donc j’analyse la façon de jouer du siège 1. Elle me suit sur une relance pré flop, depuis qu’elle à re-cavé sa façon de jouer c’est un peu plus resserrée et malgré cette mise son profil se tourne à présent plus vers celui de l’éléphant, je la vois avec un A et 7 ce qui lui ferait un jeu pas si mauvais.
Pour nous le flop est mauvais et les améliorations réduites, mais peu importe nous misons tout de même à 20 € avec beaucoup d’assurance, à ce moment de la partie mon idée est de faire croire à mon adversaire que je possède une paire supérieur au flop.
Le siège 1 réfléchit quelques secondes et paye (peut être A8).
La turn amène un 6.
Maintenant la situation peut soit tourner en notre faveur soit se retourner contre nous, car il ne faudrait pas que le siège 1 cherche la quinte.
Elle décide de miser 20€ euros, le pot avec sa mise est de 94 €, c’est là que le coup est important.
Je ne dois pas mettre beaucoup de temps à réfléchir, je dois montrer à mon adversaire que j’ai un gros jeu.
A ce moment de la partie je dois aussi profiter du tableau puisqu’il propose une suite à 1 carte, je dois m’en servir pour effrayer mon adversaire. Si elle me relance j’aurai un indice supplémentaire qui pourra plus tard me pousser à coucher mon jeu, donc je relance sans hésiter à 40 € (de plus la côte vaut largement le coût).
A ce moment là pour être honnête vous pouvez avoir le doute qu’elle ait touché une quinte, la joueuse hésite, regarde à nouveau, lorsqu’elle relève les yeux de ses cartes pour me regarder, je la regarde sans trop de défiance, son profil préconise surtout de laisser tomber l’intimidation dans ce cas de figure. Je lui montre donc un visage calme, presque en attente d’être payé.
Mon image joue en ma faveur, puisqu’elle fait la moue avant de jeter en pestant : K8.
Son regard se tournant vers moi, je lui donne en partie ce qu’elle veut, puisque alors même qu’elle dévoilait son jeu je soupirais en plissant les lèvres.
Je remporte ce coup alors qu’il n’était pas en ma faveur, mais je l’ai construit pour gagner avec n’importe qu’elle flop puisque je ne jouais pas mes cartes mais mon adversaire.
Durant les 3 heures qui suivirent j’ai élargi mon jeu et changé de style, les jetons étant en ma faveur c’est normal, j’ai continuer à tenter 2 coups de bluff dont un m’a coûté 100€, mais en m’obstinant j’aurais sûrement perdu plus.
Ce n’est donc pas le genre de coup qu’il faut jouer trop souvent, car vous risquez de dénaturer la partie en poussant les autres joueurs à en faire autant, le jeu devient alors chaotique et ce n’est pas bon pour les affaires si vous me suivez.
Bon vent, et bon jeu !




